Quelques Essayistes Haitiens En

Depuis la prise de son indépendance, bientôt 210 ans de ça, la société haïtienne a fait expérience de plusieurs mouvements littéraires. De brillants intellectuels, Haïti en a beaucoup produit.

Les écoles de pensée se suivent, les courants théoriques se succèdent, l’intelligentsia haïtienne reste égale à elle-même. Même si parfois, on sent un manque d’implication publique de certains écrivains contemporains.

Des Prix, des Distinctions, des récompenses, des nominations, les femmes et les hommes de lettres haïtiens ont souvent fait preuve de pensées élégantes. De Joseph Anténor Firmin à Dany Laferrière, faire un classement des 10 plus grands auteurs haïtiens n’est pas une mince affaire. Dieu seul sait, combien d’éminents intellectuels qu’a produits ce pays.

Rigueur scientifique, rationalité, subjectivité, peu importe les méthodes employées, cela va soulever de toutes façons des réactions contraires. C’est une évidence. Surtout quand il s’agit parfois de goût ou de préférence.

En effet, même s’il s’agit en partie des données combinées, pour donner une allure plus ou moins objective à mon travail, j’ai élaboré trois critères de sélection que voici :

1-  Personnalité de l’auteur.

2-  Originalité de ses œuvres.

3-  Implication sociale ou politique.

Et voici, madame, monsieur, mon classement des 10 plus grands auteurs haïtiens :

1-  Joseph Anténor Firmin (1850-1911)

Homme politique, écrivain, Joseph Anténor Firmin demeure l’un des plus grands érudits haïtiens de tous les temps. Il contribue toute sa vie d’homme à combattre les inégalités. Et pour mieux comprendre son combat anti-racial, vous devez surtout lire son chef-d’œuvre De l’Egalité des Races Humaines, publié en 1855. Un titre qui, durant le 19e siècle a eu un grand impact sur l’opinion nationale et internationale.

Cet ouvrage est une réplique scientifique à Arthur de Gobineau qui, peu de temps avant a publié une œuvre tout aussi monumentale Essaie sur l’inégalité des races humaines.  Avec un air raciste, ce fils de la noblesse française tente d’établir les différences séparant les races humaines.

Dans tous ses écrits, Firmin a toujours fait preuve d’une érudition palpable.

2-  Louis Joseph Janvier (1855-1991)

Membre de la Société d’Anthropologie de Paris, Louis Joseph Janvier est un auteur prolifique. Il  fait toujours usage de ses forces intellectuelles pour s’opposer avec véhémence à des idées négatives portées sur son pays.

En 1883, Dans La République d’Haïti et ses visiteurs, il s’en prend à ceux qui assimilent Haïti à un « îlot de sauvagerie » (pour reprendre le mot de Jacques-Stephen Alexis dans L’Espace d’un Cillement).

3-  Justin Lhérisson (1873-1907)

Durant ses 34 ans de vie, Justin Lhérisson a eu quand même le temps de faire valoir le sens de ses critiques concentrées et sublimées. Poète, journaliste, il est l’auteur de la Dessalinienne, l’hymne national d’Haïti.

Pour bien vendre ses potentialités intellectuelles, Justin Lhérisson utilise souvent la parabole et la litote. Il est surtout connu pour avoir introduit les « lodyans » (audiences) dans la littérature nationale. L’audience chez Lhérisson est de raconter l’haïtien à l’haïtienne. Il s’en est bien inspiré dans ses deux œuvres majeures (deux audiences): La Famille des Pitite-Caille (1905) et Zoune chez sa ninnaine (1906).

4-  Jean-Price Mars (1876 – 1969)

Médecin, ethnographe, diplomate, pédagogue, ce natif de la Grande-Rivière du Nord (Haïti) est considéré comme le principal maître à penser haïtien du XXe siècle. Ancien de la Sorbonne, pionnier de la Négritude, dans son ouvrage majeur Ainsi parla l’oncle (1928), Mars étudie les fondements à la fois historiques et folkloriques de la culture haïtienne.

En 1959, l’Académie Française lui a accordé un prix spécial qui distingue l’ensemble de son œuvre.

5–  Jacques Roumain (1907-1944)

Fondateur du Parti Communiste Haïtien, cet observateur habile se classe dans la catégorie des écrivains haïtiens les plus lus et les plus connus.Son chef-d’œuvre, le roman Gouverneurs de la rosée, traduit en 17 langues.

Romancier, poète, anthropologue, journaliste, le fondateur du Bureau d’Ethnologie en Haïti dédie sa vie à lutter pour la liberté et la dignité de son peuple.

6-  Félix Morisseau-Leroy (1912-1998)

Auteur bilingue (français-créole), il occupe une place de choix dans le corpus littéraire haïtien. Il est l’un des promoteurs les plus importants de la langue créole. Son recueil Dyakout I, paru en 1953, constitue l’œuvre fondatrice de la nouvelle littérature créole. Il entreprend la traduction d’une série d’œuvres classiques afin de montrer la richesse du créole: Antigone de Sophocle, 1953, Wa Kreyon, 1953.

7-  Jacques Stéphen Alexis (1922-1961)

Jacques S. Alexis, écrivain mythique de la littérature haïtienne, dont la réputation a troué le temps et les frontières. L’auteur a une  imagination qui se complaît dans le merveilleux, qui confond rêve et réalité. Son premier roman, Compère Général Soleil  (1955) a connu un succès immédiat.

Médecin, écrivain, l’auteur de Romanceros aux Etoiles (1960) est aussi populaire pour ses prises de position politiques contre la dictature, ainsi que pour sa nouvelle définition d’un réalisme magique proprement créole. 

8-  René Depestre (1926 à aujourd’hui)

Révolutionnaire dans l’âme, ami de Pablo Neruda, de Che Guevara, Depestre passe toute sa vie à  combattre la dictature, non seulement en Haïti, mais dans d’autres pays de la région. Il fait partie des dirigeants du mouvement étudiant révolutionnaire de janvier 1946, qui parvient à renverser le président Élie Lescot.

Son recueil de poésie le plus célèbre est sans doute Un arc-en-ciel pour l’Occident chrétien (1967) où se mêlent politique, érotisme, et vaudou, des thèmes qui traversent toute son œuvre.Depestre a eu le talent de surprendre toujours ses lecteurs par la musicalité des ses mots et une poésie imagée.

Ses œuvres lui ont valu plusieurs Distinctions, dont le Prix Goncourt de la Nouvelle en 1982.

9-  Frankétienne (1936 à aujourd’hui)

Poète, dramaturge, romancier, comédien et peintre, Frankétienne est un artiste complet. Il fonde en 1968 avec René Philoctète et Jean-Claude Fignolé « la Spirale », qui prône l’art total en mélangeant les genres romanesque, théâtral et poétique (Spiralisme).

On reconnait à Frank la force des ses mots, l’invention  des mondes. C’est sa marque de fabrique d’ailleurs. Chacune de ses œuvres est une collection de savoirs dans l’histoire contemporaine haïtienne. Son œuvre dépasse aujourd’hui les frontières haïtiennes et fait l’objet de nombreux travaux universitaires.   L’auteur de «Melovivi » vient de faire son entrée dans l’édition 2014 du Petit Larousse.

10– Dany Laferrière (1953-à aujourd’hui)

Un écrivain qui a toujours su comment capter l’attention des lecteurs par la magie de ses mots bien balancés. Son intelligence extraordinaire.

Son premier roman, Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer (1985) est un énorme succès international. Et depuis, Dany n’a cessé de faire valoir ses potentialités pour les lettres. Édités en France chez Grasset, les livres de Dany Laferrière ont été traduits dans une douzaine de langues, dont le coréen et le polonais.

Aujourd’hui, Dany est une figure remarquable, non seulement de la littérature haïtienne et québécoise, mais celle du monde entier. Des récompenses, des Distinctions, des Prix, il n’en manque pas du tout. Après Larousse en 2012, le voilà en 2013 dans le prestigieux Petit Robert. Une nouvelle consécration pour cet auteur à la simplicité significative.

Maintenant, vous qui connaissez un peu la littérature haïtienne, qui lisez des auteurs haïtiens, quel nom a manqué a ce classement selon vous ?

Osman Jérôme

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Licencié en Psychologie, diplômé en communication sociale. Passionné des médias, durant plusieurs années, j’ai collaboré avec plusieurs radios et télévisions en Haïti. Amoureux des lettres, je fais du blogging tout d'abord par passion à l’écriture. Il est aussi important de signaler que je suis un photographe "amateur" qui veux tout immortaliser sur mon passage.

Entretiens avec Jean Métellus de Françoise Naudillon

Des maux du langage à l'art des mots Editions Liber, Collection de vive voix, 2004

Écrivain, dramaturge, essayiste, poète et médecin spécialiste en neurologie, docteur en linguistique, Jean Métellus est né à Jacmel, en Haïti, en 1937. Professeur au Collège de médecine des hôpitaux de Paris, président du GRAAL (Groupe de recherche sur les apprentissages et les altérations du langage), il a plusieurs fois été lauréat de l'Académie de médecine de Paris. Avec Béatrice Sauvageot, il est l'auteur d'un best-seller médical : Vive la dyslexie ! Ce spécialiste des troubles du langage est aussi l'un des écrivains les plus féconds de sa génération. Il a été le premier à faire vivre la tragédie des premières nations en Haïti à travers Anacaona, pièce de théâtre mise en scène par Antoine Vitez. Poète salué par André Malraux, ami de Michel Leiris, protégé de Maurice Nadeau, encouragé par Aimé Césaire, accueilli par Sartre et Simone de Beauvoir dans leur revue Les Temps modernes , ardent témoin de son temps, Jean Métellus a profondément renouvelé le champ poétique francophone tout en chantant la geste des hommes de plein vent, défenseurs de la négritude. L'histoire d'Haïti, celle de l'esclavage, sont au cœur de la réflexion éthique menée dans ses essais. Dans ces entretiens avec Françoise Naudillon, Jean Métellus évoque la richesse de cette double carrière à travers les maux du langage et l'art des mots.

Jean Métellus par Jérôme Garcin dans le nouvel Observateur (L'Obs), lors du départ du train de la littérature Europe 2000.

Sur la table de nuit d'André Malraux, qui venait de mourir, on retrouva, intitulés " Au pipirite chantant ", les poèmes de Jean Métellus qu'avait publiés Maurice Nadeau.

L'auteur de " la Voie royale ", qui admirait cet écrivain haïtien né à Jacmel en 1937, est mort trop tôt pour voir grandir l'oeuvre majeure de ce poète, romancier, essayiste et dramaturge.

Qu'il raconte la chronique de sa ville natale (" Jacmel au crépuscule ", Gallimard), qu'il évoque les déchirures de l'exil (" la Famille Vortex ", Gallimard, 1982), qu'il fasse le portrait d'un peintre sauvage et orgueilleux (" Une eau-forte ", Gallimard, 1983) ou qu'il pleure, dans " Haïti, une nation pathétique " (Denoël, 1987), l'histoire de son île blessée, Jean Métellus use d'une langue d'une richesse et d'une beauté exceptionnelle. (...)

L'allocution de Catherine Tasca Ministre de la culture et de la communication lors de l'accueil des écrivains du Train Littérature 2000 :

Merci enfin à nos trois compatriotes, Jacques Jouet, Jean Metellus, en qui je salue l'apport considérable de la Caraïbe à la littérature d'expression française, et Annie Saumont, tous trois grands passeurs de culture, d'avoir accepté d'exprimer en français l'espoir d'une Europe renforcée par le ciment de sa diversité culturelle.

Télécharger l'intégralité ci-dessous

Encyclopaedia Universalis, Dictionnaire de la littérature Française du XXe siècle, Albin Michel, Paris, 2000

Par Jean-louis Joubert

Métellus Jean (1937 - )

Appartenant à cette vaste diaspora Haïtienne que la dictature des Duvalier a contrainte à l'exil, Jean Métellus a su maintenir par l'écriture un lien étroit avec son pays. Né à Jacmel, où il fut quelque temps professeur, il s'est installé à Paris en 1959, y a étudié la linguistique et la médecine, puis s'est spécialisé en neurologie. En 1973, la revue Les Lettres nouvelles publie un long poème, Au pipirite chantant, qui s'impose d'emblée comme une œuvre forte et novatrice.

(...)

En refusant une haïtiennité simplement affichée à la surface de l'œuvre, Métellus revendique, pour les écrivains haïtiens, la liberté de ne pas s'enfermer dans le régionalisme.

Télécharger l'intégralité ci-dessous.

 Le dictionnaire de la littérature française contemporaine, Jérôme Garcin, Editions François Bourin, Paris, 1989

Par Jean Métellus

Métellus, Jean (1937 - ...)

(...) Initié à la lecture par deux vieilles filles pieuses, réputées pour leur virginité, Jean Métellus accéda à l'écriture chez les Frères de l'instruction chrétienne (F.I.C) dont il n'a pas gardé un souvenir émouvant.

(...)

En faisant alterner Le Misanthrope et Anacaona, tragédie haïtienne, sur la scène de Chaillot, Vitez a démontré que la francophonie va de Métellus à Molière. Métellus prise fort cette concitoyenneté, lui qui écrit aussi sous la dictée du vrai. Il campe sa haute stature dans les titres de ses quatre recueils de vers. Levé " au pipirite chantant " comme son père le boulanger, c'est un " homme de plein vent ", " voyant " à ses heures, imprécateur ou porteur d'une parole sereine.

Télécharger l'intégralité ci-dessous.

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